Page:Flaubert - Salammbô.djvu/317

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nées au haut de sa terrasse, les deux coudes contre la balustrade, s’amusant à regarder devant elle. Le sommet des murailles au bout de la ville découpait sur le ciel des zigzags inégaux, et les lances des sentinelles y faisaient, tout du long, comme une bordure d’épis. Elle apercevait au-delà, entre les tours, les manœuvres des Barbares ; les jours que le siège était interrompu, elle pouvait même distinguer leurs occupations. Ils raccommodaient leurs armes, se graissaient la chevelure, ou bien lavaient dans la mer leurs bras sanglants ; les tentes étaient closes ; les bêtes de somme mangeaient ; et, au loin, les faux des chars, tous rangés en demi-cercle, semblaient un cimeterre d’argent étendu à la base des monts. Les discours de Schahabarim revenaient à sa mémoire. Elle attendait son fiancé Narr’Havas. Elle aurait voulu, malgré sa haine, revoir Mâtho. De tous les Carthaginois, elle était la seule personne, peut-être, qui lui eût parlé sans peur.

Souvent son père arrivait dans sa chambre. Il s’asseyait sur les coussins et il la considérait d’un air presque attendri, comme s’il eût trouvé dans ce spectacle un délassement à ses fatigues. Il l’interrogeait quelquefois sur son voyage au camp des Mercenaires. Il lui demanda même si personne, par hasard, ne l’y avait poussée ; et, d’un signe de tête, elle répondit que non, tant Salammbô était fière d’avoir sauvé le zaïmph.

Mais le Suffète revenait toujours à Mâtho, sous prétexte de renseignements militaires. Il ne comprenait rien à l’emploi des heures qu’elle avait passées dans la tente. En effet, Salammbô ne parlait pas de Giscon ; car, les mots ayant par eux--