Page:Flaubert - Salammbô.djvu/328

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dans les mains s’était précipité par la brèche, impétueusement. Comme un émondeur qui coupe des branches de saule, et qui tâche d’en abattre le plus possible afin de gagner plus d’argent, il marchait en fauchant autour de lui les Carthaginois. Ceux qui tentaient de le saisir par les flancs, il les renversait à coups de pommeau ; quand ils l’attaquaient en face, il les perçait ; s’ils fuyaient, il les fendait. Deux hommes à la fois sautèrent sur son dos ; il recula d’un bond contre une porte et les écrasa. Son épée s’abaissait, se relevait. Elle éclata sur l’angle d’un mur. Alors il prit sa lourde hache, et par-devant, par-derrière, il éventrait les Carthaginois comme un troupeau de brebis. Ils s’écartaient de plus en plus, et il arriva tout seul devant la seconde enceinte, au bas de l’Acropole. Les matériaux lancés du sommet encombraient les marches et débordaient par-dessus la muraille. Mâtho, au milieu des ruines, se retourna pour appeler ses compagnons.

Il aperçut leurs aigrettes disséminées sur la multitude ; elles s’enfonçaient, ils allaient périr ; il s’élança vers eux ; alors, la vaste couronne de plumes rouges se resserrant, bientôt ils se rejoignirent et l’entourèrent. Mais des rues latérales une foule énorme se dégorgeait. Il fut pris aux hanches, soulevé, et entraîné jusqu’en dehors du rempart, dans un endroit où la terrasse était haute.

Mâtho cria un commandement : tous les boucliers se rabattirent sur les casques ; il sauta dessus, pour s’accrocher quelque part afin de rentrer dans Carthage ; et, tout en brandissant la terrible hache, il courait sur les boucliers, pareils à des vagues de bronze, comme un dieu marin sur des flots.