Page:Flaubert - Salammbô.djvu/330

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écheveaux des balistes tournaient, et le grand timon de la catapulte s’abaissait.

Hamilcar était, à ce moment-là, debout sur le toit de Melkarth. Il avait jugé qu’elle devait venir directement vers lui, contre l’endroit de la muraille le plus invulnérable, et, à cause de cela même, dégarni de sentinelles. Depuis longtemps déjà ses esclaves apportaient des outres sur le chemin de ronde, où ils avaient élevé, avec de l’argile, deux cloisons transversales formant une sorte de bassin. L’eau coulait insensiblement sur la terrasse, et Hamilcar, chose extraordinaire, ne semblait point s’en inquiéter.

Mais, quand l’hélépole fut à trente pas environ, il commanda d’établir des planches par-dessus les rues, entre les maisons, depuis les citernes jusqu’au rempart ; et des gens à la file se passaient, de main en main, des casques et des amphores qu’ils vidaient continuellement. Les Carthaginois s’indignaient de cette eau perdue. Le bélier démolissait la muraille ; tout à coup, une fontaine s’échappa des pierres disjointes. Alors la haute masse d’airain, à neuf étages et qui contenait et occupait plus de trois mille soldats, commença doucement à osciller comme un navire. En effet, l’eau pénétrant la terrasse avait devant elle effondré le chemin ; ses roues s’embourbèrent ; au premier étage, entre des rideaux de cuir, la tête de Spendius apparut soufflant à pleines joues dans un cornet d’ivoire. La grande machine, comme soulevée convulsivement, avança de dix pas peut-être ; mais le terrain de plus en plus s’amollissait, la fange gagnait les essieux et l’hélépole s’arrêta en penchant effroyablement d’un seul côté. La catapulte roula jusqu’au