Page:Flaubert - Salammbô.djvu/398

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étendaient les bras ; ils allongeaient leurs piques entre les jambes de leurs compagnons et fouillaient, au hasard, devant eux. Ils glissaient dans le sang ; la pente du terrain trop rapide faisait rouler en bas les cadavres. L’éléphant qui tâchait de gravir le monticule en avait jusqu’au ventre ; et sa trompe écourtée, large du bout, de temps à autre se levait, comme une énorme sangsue.

Puis tous s’arrêtèrent. Les Carthaginois, en grinçant des dents, contemplaient le haut de la colline où les Barbares se tenaient debout.

Enfin, ils s’élancèrent brusquement, et la mêlée recommença. Souvent les Mercenaires les laissaient approcher en leur criant qu’ils voulaient se rendre ; puis avec un ricanement effroyable, d’un coup, ils se tuaient, et à mesure que les morts tombaient, les autres pour se défendre montaient dessus. C’était comme une pyramide, qui peu à peu grandissait.

Bientôt ils ne furent que cinquante, puis que vingt, que trois et que deux seulement, un Samnite armé d’une hache, et Mâtho qui avait encore son épée.

Le Samnite, courbé sur ses jarrets, poussait alternativement sa hache de droite et de gauche, en avertissant Mâtho des coups qu’on lui portait.

— Maître, par-ci ! par-là ! baisse-toi !

Mâtho avait perdu ses épaulières, son casque, sa cuirasse ; il était complètement nu, plus livide que les morts, les cheveux tout droits, avec deux plaques d’écume au coin des lèvres, et son épée tournoyait si rapidement, qu’elle faisait une au-