Page:Flaubert - Salammbô.djvu/400

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Le jour que leurs compagnons étaient partis, les Zuaèces qui s’en retournaient avaient fait ébouler les roches, et ils les avaient nourris quelque temps.

Les Barbares s’attendaient toujours à voir paraître Mâtho, et ils ne voulaient point quitter la montagne par découragement, par langueur, par cette obstination des malades qui se refusent à changer de place ; enfin, les provisions épuisées, les Zuaèces s’en allèrent. On savait qu’ils n’étaient plus que treize cents à peine, et l’on n’eut pas besoin, pour en finir, d’employer des soldats.

Les bêtes féroces, les lions surtout, depuis trois ans que la guerre durait, s’étaient multipliés. Narr’Havas avait fait une grande battue, puis courant sur eux, après avoir attaché des chèvres de distance en distance, il les avait poussés vers le défilé de la Hache ; et tous maintenant y vivaient, quand arriva l’homme envoyé par les Anciens pour savoir ce qui restait des Barbares.

Sur l’étendue de la plaine, des lions et des cadavres étaient couchés, et les morts se confondaient avec des vêtements et des armures. À presque tous le visage ou bien un bras manquait ; quelques-uns paraissaient intacts encore ; d’autres étaient desséchés complètement et des crânes poudreux emplissaient des casques ; des pieds qui n’avaient plus de chair sortaient tout droit des cnémides, des squelettes gardaient leurs manteaux ; des ossements, nettoyés par le soleil, faisaient des taches luisantes au milieu du sable.

Les lions reposaient, la poitrine contre le sol et les deux pattes allongées, tout en clignant leurs paupières sous l’éclat du jour, exagéré par la ré-