Page:Flaubert - Salammbô.djvu/406

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les crotales sonnèrent plus fort, les tambourins tonnaient et le grand dais de pourpre s’enfonça entre les deux pylônes.

Il reparut au premier étage. Salammbô marchait dessous, lentement ; puis elle traversa la terrasse pour aller s’asseoir au fond, sur une espèce de trône taillé dans une carapace de tortue. On lui avança sous les pieds un escabeau d’ivoire à trois marches : au bord de la première, deux enfants nègres se tenaient à genoux, et quelquefois elle appuyait sur leur tête ses deux bras, chargés d’anneaux trop lourds.

Des chevilles aux hanches, elle était prises dans un réseau de mailles étroites imitant les écailles d’un poisson et qui luisaient comme de la nacre : une zone toute bleue serrant sa taille laissait voir ses deux seins, par deux échancrures en forme de croissant. Des pendeloques d’escarboucles en cachaient les pointes. Elle avait une coiffure faite avec des plumes de paon étoilées de pierreries ; un large manteau, blanc comme de la neige, retombait derrière elle, et les coudes au corps, les genoux serrés, avec des cercles de diamants au haut des bras, elle restait toute droite, dans une attitude hiératique.

Sur deux sièges plus bas étaient son père et son époux. Narr’Havas, habillé d’une simarre blonde, portait sa couronne de sel gemme d’où s’échappaient deux tresses de cheveux, tordues comme des cornes d’Ammon ; et Hamilcar, en tunique violette brochée de pampres d’or, gardait à son flanc un glaive de bataille.

Dans l’espace que les tables enfermaient, le python du temple d’Eschmoûn, couché par terre,