Page:Flaubert - Salammbô.djvu/93

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des roses épanouies pendaient en berceau sur toute la longueur de l’allée. Ils arrivèrent devant un trou ovale, abrité par une grille. Alors, Mâtho, que ce silence effrayait, dit à Spendius :

— C’est ici qu’on mélange les Eaux douces avec les Eaux amères.

— J’ai vu tout cela, reprit l’ancien esclave, en Syrie, dans la ville de Maphug.

Et, par un escalier de six marches d’argent, ils montèrent dans la troisième enceinte.

Un cèdre énorme en occupait le milieu. Ses branches les plus basses disparaissaient sous des brides d’étoffes et des colliers qu’y avaient appendus les fidèles. Ils firent encore quelques pas, et la façade du temple se déploya.

Deux longs portiques, dont les architraves reposaient sur des piliers trapus, flanquaient une tour quadrangulaire, ornée à sa plate-forme par un croissant de lune. Sur les angles des portiques et aux quatre coins de la tour s’élevaient des vases pleins d’aromates allumés. Des grenades et des coloquintes chargeaient les chapiteaux. Des entrelacs, des losanges, des lignes de perles s’alternaient sur les murs, et une haie en filigrane d’argent formait un large demi-cercle devant l’escalier d’airain qui descendait du vestibule.

Il y avait à l’entrée, entre une stèle d’or et une stèle d’émeraude, un cône de pierre ; Mâtho, en passant à côté, se baisa la main droite.

La première chambre était très haute ; d’innombrables ouvertures perçaient sa voûte ; en levant la tête on pouvait voir les étoiles. Tout autour de la muraille, dans des corbeilles de roseau, s’amoncelaient des barbes et des chevelures, prémices des