Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/10

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Était-ce bien une main, cette tâche noirâtre qui tranchait sur le rideau blanc ? Camille en douta d’abord, mais elle ne parvenait pas à s’expliquer cette étrange apparition. Elle crut même être dupe d’une illusion d’optique. Le feu se mourait dans l’âtre et la lumière de la lampe commençait à baisser, si bien que le salon s’emplissait d’ombre et qu’elle ne distinguait plus nettement les objets.

Elle aurait voulu fermer les yeux et elle ne pouvait pas. Ce point noir la fascinait.

Cela ressemblait à une araignée énorme, armée de pattes velues, et cela ne bougeait pas.

Était-ce la griffe de quelque bête monstrueuse ? Camille n’était pas poltronne, et pourtant elle sentait son sang se glacer dans ses veines.

Monistrol, qui tournait le dos à la porte, continuait à tirer des lignes avec acharnement.

À force de regarder, elle finit par compter les cinq doigts d’une main cramponnée au rideau, des doigts noueux et crochus comme les pinces d’un crabe.

Le pouce, largement écarté des autres, était d’une longueur démesurée et se terminait par un ongle recourbé, comme en ont les serres des vautours.

À ce moment, par l’entrebâillement des deux portières, Camille vit briller dans l’ombre des lueurs qu’elle prit pour les scintillements de la lame d’un poignard.

— Père ! au secours ! cria-t-elle en tendant le bras vers la porte.

À cet appel inattendu, Monistrol se retourna vivement, mais il n’eut pas le temps de se lever.

D’un seul bond — un bond de tigre — l’homme caché dans la salle à manger sauta sur lui. Une main — la gigantesque