Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/104

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qu’il a rencontrés dans nos tournées, et il ne tient pas à être reconnu. Aussi, vous voyez que Vigoureux ne s’y arrête pas.

Vigoureux, en effet, continuait à tirer de toutes ses forces, et cinq minutes après, le groupe des chasseurs d’homme déboucha dans un carrefour triangulaire formé par l’intersection de l’avenue de Clichy avec la route mal famée.

— Nous y sommes, dit à demi-voix Courapied.

Courapied parlait bas, comme s’il eût craint d’être entendu et cependant le carrefour était désert.

Mademoiselle Monistrol regarda autour d’elle et à la lueur des becs de gaz beaucoup trop espacés, elle vit une large route qui s’étendait à droite et à gauche.

L’aspect n’avait rien d’extraordinaire. C’était ce qu’on appelle, en langage administratif, un « chemin de grande communication, » comme il y en a par toute la France, y compris le département de la Seine.

C’est pourtant une voie sinistre, et le vieux saltimbanque n’avait point exagéré la triste réputation que lui ont acquise les nombreux crimes commis dans ces parages.

Son nom même qui lui vient, dit-on, d’une révolte des gardes-françaises, au camp des Sablons, son nom presque menaçant semble l’avoir prédestinée à servir de théâtre à des scènes sanglantes.

Elle commence au rond-point de la Porte-Maillot, et c’est précisément là que le duc d’Orléans mourut, à trente ans, d’une chute de voiture. Elle traverse Neuilly, elle pénètre dans Paris, elle en sort un peu plus loin et s’allonge dans la plaine de Clichy, après avoir coupé à angle droit la route d’Asnières.