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LA STATUE DE MERCIER

tes la flamme généreuse qui dévorait sa poitrine, et il a redonné une âme à la race. Il a été, enfin, dans notre pays, l’incarnation vivante du patriotisme.

Aujourd’hui encore le nom de Mercier ne représente pas autre chose aux regards du peuple ; tout ce que le peuple voit d’avance dans le futur monument, — quelque exploitation que les politiciens sans pudeur puissent pratiquer alentour, — c’est la glorification du sentiment national.

Après cela, que Mercier ait été plus ou moins ce que l’on dit, qu’importe ?… Qu’importe que l’on exagère la noblesse de son caractère et la qualité de ses actes publics ? Même si le patriotisme de Mercier n’était qu’une légende, il faudrait, disons-le hardiment, il faudrait l’admettre ! Le peuple a besoin de légendes. La réalité l’écœure et c’est à bon droit. L’histoire, sèche et nue, ne lui offre à contempler que des hommes comme les autres, toujours bornés par quelque côté. Laissons-le donc en paix se forger des demi-dieux, et n’allons point l’empêcher d’y croire, même si ces demi-dieux n’existent pas ! C’est par là seulement qu’il pourra se hausser au-dessus de lui-même et des tristesses présentes, vers une plus grande beauté morale et des temps meilleurs.

Pour toutes ces raisons nous n’aurions donc pu que nous réjouir de voir ériger un monument