Page:France - Sur la voie glorieuse.djvu/24

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qui abattit toute une aile de l’hôpital et réduisit en bouillie Léonie et son vieux chien[1]. Un pauvre fichu de laine noire auquel adhéraient quelques débris sanglants, c’est tout ce qui restait de la vieille cuisinière de l’hôpital d’Ypres. À cette vue, M. Ch. Staniforth pleure. Et je lui dis : « Voyez ! c’est à côté de Léonie que j’écrivais au général Vidal. » L’interprète anglais me regarde d’une façon singulière. Peut-être lui fis-je l’effet d’un revenant… Je comprends, maintenant, pourquoi il me fit mourir par anticipation. Cette fausse nouvelle fut un désastre pour les miens qui dépêchèrent leurs alarmes à toutes les agences et jusqu’en Angleterre.

Cette bonne Léonie ! Âme simple, cœur du peuple, cœur sacrificiel ! Elle avait installé, contre la peur et pour sa protection, entre deux bougies grêles, une

  1. Léonie avait un vieux chien obèse dont on ne retrouve plus que la peau noire, flasque, telle une outre vidée. Le même obus ensevelit M. Gaymant sous les ruines de sa pharmacie, mit en pièces, dans la rue de Mesnia, un convoi anglais de ravitaillement. Huit hommes étaient déchiquetés affreusement, les habits en charpie, la figure noirâtre, tuméfiée, brûlée ; leurs corps avaient été projetés, de tous côtés, à plusieurs mètres de l’explosion. Trois chevaux morts et un fourgon brisé jonchaient le sol.

    De toutes ces victimes, seul l’héroïque M. Gaymant survécut. Il resta des semaines à l’hôpital de Poperinghe. Pendant que nous pansions ses nombreuses blessures et que nous enlevions, à l’eau oxygénée, la poussière de briques dont elles étaient incrustées, il nous disait en souriant : « Maintenant, docteur, je ne risque plus rien, je suis comme une forteresse, je suis bâti à chaux et à sable. »

    L’humour belge est inaltérable.