Page:Francis de Miomandre - Écrit sur de l'eau, 1908.djvu/121

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dans leurs rayons, et redressa entre les mains de Ludovic d’Hernani le volume tordu. Puis il s’assit, et parla :

— Messieurs, j’avais complètement oublié que c’était aujourd’hui mon jour, de telle sorte que je m’étais attardé. J’avais complètement oublié aussi que nous avions décidé de recevoir pour la première fois ce soir, — après l’avoir tant vu et entendu chez d’autres personnes, — M. Paolo Mercanti, dont les œuvres complètes…

— À bas Paolo Mercanti ! hurla Olivier Laurent. Nous n’en voulons plus. Paolo Mercanti est un fourneau en même temps qu’un homme sans éducation.

— Vous vous trompez, prononça Eucrate avec lenteur en roulant le centimètre de coton bleu, ou tout au moins vous exagérez. C’est un homme qui ne manque pas de tenue. On l’a signalé deux ou trois fois dans des salons où l’on crie.

— D’ailleurs, insista Ludovic d’Hernani, la preuve que ce n’est pas tout à fait un imbécile, c’est qu’il a demandé à être introduit parmi nous.

— Il le sera, dit Esmont, d’une manière surérogatoire et, si j’ose dire, surnuméraire, car nous ne saurions en aucune manière admettre une minute l’idée d’ajouter un membre de plus à notre association. Nous sommes cinq à avoir du génie : il ferait beau voir que Mercanti en eût aussi. S’il en possédait, il serait bon à supprimer.

— Rassurez-vous, conclut l’amphitryon, il n’en a pas. Mais vous ne m’avez pas laissé achever mon discours.

— Nous l’écouterons si vous nous abreuvez, déclara Olivier Laurent qui était monté debout sur une chaise.

— Attendez, dit Jacques.

Il courut aux cuisines et y rencontra Eugénie qui, n’ayant pas d’engagement pour l’après-midi, le passait devant la fenêtre, une bouteille de pétrole sous le nez, et