Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/58

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faire à leur image eu fondant sur la communauté des biens un nouvel ordre social. Comment donc auraient-ils pu admettre une telle pensée en s’interdisant le mariage, en s’imposant pour première loi une chasteté absolue ? Loin de vouloir réformer la société, ils ne songeaient qu’à la fuir pour se réformer eux-mêmes, pour se préparer au ciel par la contemplation et la prière, pour chercher un abri contre les passions, un refuge contre les séductions du monde, et se décharger avant le temps du fardeau de la vie.

Il est évident que ce but ascétique et, si l'on me permet cette expression, extra-social, ils ne pouvaient l’atteindre que par la société même à laquelle ils cherchaient à se dérober ; car puisque le mariage était proscrit de leur sein, il fallait qu'il fût maintenu et pratiqué au dehors pour leur donner de la durée ; puisque la communauté telle qu'elle était, ou du moins telle qu’elle devait être pratiquée par eux, était fondée, non sur le partage, mais sur le renoncement ; non sur la possession, mais sur la pauvreté collective, il fallait au dehors assez de superflu pour les nourrir : enfin puisque leur existence toute spéculative se passait dans la prière, le jeûne et la méditation, il fallait qu’il y eût ailleurs des bras pour les nourrir et les défendre.

Ces considérations s’appliquent en grande partie à l’institution des herrnhuters ou frères moraves. Cette association fameuse, d’abord composée des débris de