Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/122

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célèbre et plus palpable dont une belle banquière aime à donner le modèle en marbre, en plâtre ou en bronze à ses nombreux admirateurs.

Elle n’était pas belle, ni même jolie ; cependant sa physionomie était de celles qu’on n’oublie guère, et qui frappent du coup de foudre de Beyle. Son front était un peu haut et sa bouche trop grande, malgré la provocante fraîcheur des lèvres. Ses sourcils étaient comme dessinés à l’encre de Chine ; seulement le pinceau avait trop appuyé et ils lui donnaient l’air dur lorsqu’elle oubliait de les surveiller. En revanche, son teint uni avait une riche pâleur dorée, ses yeux noirs veloutés possédaient une énorme puissance magnétique, ses dents brillaient de la blancheur nacrée de la perle et ses cheveux, d’une prodigieuse opulence, étaient fins et noirs, ondés, avec des reflets bleuâtres.

En apercevant Noël, qui écartait la portière de soie, elle se souleva à demi, s’appuyant sur son coude.

— Enfin, vous voici, fit-elle d’une voix aigrelette, c’est fort heureux !

L’avocat avait été suffoqué par la température sénégalienne du fumoir.

— Quelle chaleur ! dit-il ; on étouffe ici !

— Vous trouvez ? reprit la jeune femme, eh bien ! moi je grelotte. Il est vrai que je suis très-souffrante.