Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/123

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Poser m’est insupportable, me prend sur les nerfs, et je vous attends depuis hier.

— Il m’a été impossible de venir, objecta Noël, impossible !

— Vous saviez cependant, continua la dame, qu’aujourd’hui est mon jour d’échéance et que j’avais beaucoup à payer. Les fournisseurs sont venus, pas un sou à leur donner. On a présenté le billet du carrossier, pas d’argent. Ce vieux filou de Clergeot, auquel j’ai souscrit un effet de 3,000 francs, m’a fait un tapage affreux. Comme c’est agréable !

Noël baissa la tête comme un écolier que son professeur gronde le lundi parce qu’il n’a pas fait les devoirs du dimanche.

— Ce n’est qu’un jour de retard, murmura-t-il.

— Et ce n’est rien, n’est-ce pas ? riposta la jeune femme. Un homme qui se respecte, mon cher, laisse protester sa signature s’il le faut, mais jamais celle de sa maîtresse. Pour qui donc voulez-vous que je passe ? Ignorez-vous que je n’ai à attendre de considérations que de mon argent ? Du jour où je ne paye plus, bonsoir…

— Ma chère Juliette, prononça doucement l’avocat…

Elle l’interrompit brusquement :

— Oui, c’est fort joli, poursuivit-elle, ma Juliette adorée, tant que vous êtes ici, c’est charmant, mais vous n’avez pas plutôt tourné les ta-