Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/128

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


autre un vieillard passionné. Or, vous êtes un gaillard très-froid, très-grave, très-sérieux et surtout très-fort.

— Pas avec vous, toujours, murmura Noël.

— Bast ! laissez-moi donc tranquille, vous savez bien ce que vous faites. En guise de cœur vous avez un gros double zéro comme à Hombourg. Quand vous m’avez prise, vous vous êtes dit : je vais me payer de la passion pour tant. Et vous vous êtes tenu parole. C’est un placement comme un autre, dont on reçoit les intérêts en agrément. Vous êtes capable de toutes les folies du monde à raison de quatre mille francs par mois, prix fixe. S’il fallait vingt sous de plus, vous reprendriez bien vite votre cœur et votre chapeau pour les porter ailleurs, à côté, à la concurrence.

— C’est vrai, répondit froidement l’avocat, je sais compter, et cela m’est prodigieusement utile ! Cela me sert à savoir au juste où et comment a passé ma fortune.

— Vous le savez, vraiment ? ricana Juliette.

— Et je puis vous le dire, ma chère. D’abord vous avez été peu exigeante… mais l’appétit vient en mangeant. Vous avez voulu du luxe, vous l’avez eu ; un mobilier splendide, vous l’avez ; une maison montée, des toilettes extravagantes, je n’ai rien su refuser. Il vous a fallu une voiture, un cheval, j’ai répondu : soit. Et je ne parle pas de mille fantaisies. Je ne