Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/155

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Oh ! vous pouvez les dire, interrompit le juge avec une certaine animation, si haut qu’il faille frapper, un magistrat français n’a jamais hésité.

— Je le sais, monsieur, mais c’est haut, allez, cette fois. Le père qui a sacrifié son fils légitime à son bâtard est le comte Rhéteau de Commarin, et l’assassin de la veuve Lerouge est le bâtard, le vicomte Albert de Commarin.

Le père Tabaret, en artiste habile, avait lancé ces noms avec une lenteur calculée, comptant bien qu’ils produiraient une énorme impression. Son attente fut dépassée.

M. Daburon fut frappé de stupeur. Il demeura immobile, les yeux agrandis par l’étonnement. Machinalement il répétait comme un mot vide de sens et qu’on s’apprend :

— Albert de Commarin, Albert de Commarin !

— Oui, insista le père Tabaret, le noble vicomte. C’est à n’y pas croire, je le sais bien.

Mais il s’aperçut de l’altération des traits du juge d’instruction, et, un peu effrayé, il s’approcha du lit.

— Est-ce que monsieur le juge se trouverait indisposé ? demanda-t-il.

— Non, répondit M. Daburon, sans trop savoir ce qu’il disait, je me porte très-bien ; seulement la surprise, l’émotion…

— Je comprends cela, fit le bonhomme.