Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/156

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— N’est-ce pas, vous comprenez ; j’ai besoin d’être seul un moment. Mais ne vous éloignez pas ; il nous faut causer de cette affaire longuement. Veuillez donc passer dans mon cabinet, il doit encore y avoir du feu ; je vous rejoins à l’instant.

Alors M. Daburon se leva lentement, endossa une robe de chambre et s’assit ou plutôt se laissa tomber dans un fauteuil. Son visage, auquel, dans l’exercice de ses austères fonctions, il avait su donner l’immobilité du marbre, reflétait de cruelles agitations et ses yeux trahissaient de rudes angoisses.

C’est que ce nom de Commarin, prononcé à l’improviste, réveillait en lui les plus douloureux souvenirs et ravivait une blessure mal cicatrisée. Il lui rappelait, ce nom, un événement qui brusquement avait éteint sa jeunesse et brisé sa vie. Involontairement, il se reportait à cette époque comme pour en savourer encore toutes les amertumes. Une heure avant elle lui semblait bien éloignée et déjà perdue dans les brumes du passé ; un mot avait suffi pour qu’elle surgît nette et distincte. Il lui paraissait, maintenant, que cet événement auquel se mêlait Albert de Commarin datait d’hier. Il y avait deux ans bientôt de cela !

Pierre-Marie Daburon appartient à l’une des plus vieilles familles du Poitou. Trois ou quatre de ses ancêtres ont rempli successivement les charges les plus considérables de la province. Comment ne lé-