Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/158

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effort au piquant. On découvrit sous son écorce un peu froide un cœur chaud pour ses amis, une sensibilité excessive, une délicatesse presque féminine. Enfin, si dans un salon peuplé d’indifférents et de niais il était éclipsé, il triomphait dans un petit cercle où il se sentait réchauffé par une atmosphère sympathique.

Insensiblement, il s’habitua à sortir beaucoup. Il ne croyait pas que ce fût du temps perdu. Il estimait, sagement peut-être, qu’un magistrat a mieux à faire qu’à rester enfermé dans son cabinet, en compagnie des livres de la loi. Il pensait qu’un homme appelé à juger les autres doit les connaître, et, pour cela, les étudier. Observateur attentif et discret, il examinait autour de lui le jeu des intérêts et des passions, s’exerçant à démêler et à manœuvrer au besoin les ficelles des pantins qu’il voyait se mouvoir autour de lui. Pièce à pièce, pour ainsi dire, il tâchait de démonter cette machine compliquée et si complexe qui s’appelle la société et dont il était chargé de surveiller les mouvements, de régler les ressorts et d’entretenir les rouages.

Tout à coup, vers le commencement de l’hiver de 1860 à 1861, M. Daburon disparut. Ses amis le cherchaient, on ne le rencontrait nulle part. Que devenait-il ? On s’enquit, on s’informa, et on apprit qu’il passait presque toutes ses soirées chez madame la marquise d’Arlange.