Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/161

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des plus problématiques. Pourtant elle est au mieux avec son curé, et ordonne de soigner son dîner les jours où elle lui fait l’honneur de l’admettre à sa table. Elle doit le considérer comme un subalterne utile à son salut et fort capable de lui ouvrir les portes du paradis.

Telle qu’elle est, on la fuit comme la peste. On redoute son verbe haut, son indiscrétion terrible, et le franc parler qu’elle affecte pour avoir le droit de dire en face toutes les méchancetés qui lui passent par la tête.

De toute sa famille, il ne lui reste plus que la fille de son fils mort fort jeune.

D’une fortune très-considérable jadis, relevée en partie par l’indemnité, mais administrée à la diable, elle n’a su conserver qu’une inscription de vingt mille francs de rente sur le grand-livre, et qui vont diminuant de jour en jour. Elle est aussi propriétaire du joli petit hôtel qu’elle habite, près des Invalides, situé entre une cour assez étroite et un vaste jardin.

Avec cela, elle se trouve la plus infortunée des créatures de Dieu et passe la moitié de sa vie à crier misère. De temps à autre, après quelque folie un peu forte, elle confesse qu’elle redoute surtout de mourir à l’hôpital.

Un ami de M. Daburon le présenta chez la marquise d’Arlange. Cet ami l’avait entraîné en un moment de bonne humeur, en lui disant :