Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/163

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disait net et franc Daburon, absolument comme s’il eût été duc de quelque chose et seigneur d’un lieu quelconque.

À certains jours, elle s’efforçait de démontrer au magistrat qu’il était noble ou devait l’être. Elle eût été ravie de le voir s’affubler d’un titre et camper un casque sur ses cartes de visite.

— Comment, disait-elle, vos pères, qui furent gens de robes éminents, n’eurent-ils pas l’idée de se faire décrasser, d’acheter une savonnette à vilain ? Vous auriez aujourd’hui des parchemins présentables.

— Mes ancêtres ont eu de l’esprit, répondait M. Daburon, ils ont mieux aimé être les premiers des bourgeois que les derniers des nobles.

Sur quoi la marquise expliquait, démontrait et prouvait qu’entre le plus gros bourgeois et le plus mince hobereau, il y a un abîme que tout l’argent du globe ne saurait combler.

Mais ceux que surprenait tant l’assiduité de M. Daburon près de « la revenante » ne connaissaient pas la petite-fille de la marquise ou du moins ne se la rappelaient pas. Elle sortait si rarement ! La vieille dame n’aimait pas à s’embarrasser disait-elle, d’une jeune espionne qui la gênait pour causer et conter ses anecdotes.

Claire d’Arlange venait d’avoir dix-sept ans. C’était une jeune fille bien gracieuse et bien douce, ravissante de naïve ignorance. Elle avait des cheveux