Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/167

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adorait, et par là regarder dans son âme comme par une fenêtre ouverte. — « Elle est contente, aujourd’hui, » se disait-il ; alors il était gai. D’autres fois il pensait : — « Elle a eu quelque chagrin dans la journée. » Aussitôt il devenait triste.

L’idée de demander la main de Claire s’était, à bien des reprises, présentée à l’esprit de M. Daburon ; jamais il n’avait osé s’y arrêter. Connaissant les principes de la marquise, la sachant affolée de sa noblesse, intraitable sur l’article mésalliance, il était convaincu qu’elle l’arrêterait au premier mot par un : non ! fort sec, sur lequel jamais elle ne reviendrait. Tenter une ouverture, c’est donc risquer, sans chances de réussite, son bonheur présent qu’il trouvait immense, car l’amour vit de misères.

— Une fois repoussé, pensait-il, la maison me sera fermée. Alors, adieu toute félicité en cette vie, c’en est fait de moi.

D’un autre côté, il se disait fort sensément qu’un autre pouvait très-bien voir mademoiselle d’Arlange, l’aimer par conséquent, la demander et l’obtenir.

Dans tous les cas, hasardant une demande ou hésitant encore, il devait sûrement la perdre dans un temps donné. Au commencement du printemps il se décida.

Par une belle après-midi du mois d’avril, il se dirigea vers l’hôtel d’Arlange, ayant certes besoin de plus de bravoure qu’il n’en faut au soldat qui af-