Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/172

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— Oh ! fit le juge, il s’agit de 87 francs.

— Ce n’est donc rien, cela ! répondit la marquise. Vous en parlez bien à votre aise, monsieur le magistrat. On voit bien que vous avez de l’argent. Vos pères étaient des gens de rien et la Révolution a passé à cent pieds au-dessus de leur tête. Qui sait même si elle ne leur a pas profité ! Elle a tout pris aux d’Arlange. Que me fera-t-on, si je ne paye pas ?

— Mais, madame la marquise, bien des choses. On vous ruinera en frais ; vous recevrez du papier timbré, les huissiers viendront, on vous saisira.

— Hélas ! s’écria la vieille dame, la Révolution n’est pas finie. Nous y passerons tous, mon pauvre Daburon ! Ah ! vous êtes bien heureux d’être peuple, vous ! Je vois bien qu’il me faudra payer sans délai, et c’est affreusement triste pour moi qui n’ai rien et qui suis forcée de m’imposer de si grands sacrifices pour ma petite-fille.

Le magistrat savait sa marquise sur le bout des doigts. Ce mot sacrifices, prononcé par elle, le surprit si fort, qu’involontairement, à demi-voix, il répéta :

— Des sacrifices ?

— Certainement, reprit madame d’Arlange. Sans elle, vivrais-je comme je le fais, me refusant tout pour nouer les deux bouts ? Nenni ! Feu le marquis m’a souvent parlé des tontines instituées par M. de Calonne, où l’argent rend beaucoup. Il doit en exister encore de pareilles. N’était ma petite-fille, j’y met-