Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/177

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leure, la plus excellente des femmes, ne songeant pas à la facilité avec laquelle venait de céder cette âme si fière. Il délirait, il était fou.

— Oh ! attendez, fit la vieille dame, votre procès n’est pas encore gagné. Votre mère, il faut bien que je l’excuse de s’être si piètrement mariée, était une Cottevise, mais votre père est le sieur Daburon. Ce nom, mon cher enfant, est horriblement ridicule. Croyez-vous qu’il soit facile de décider à s’affubler de Daburon une jeune fille qui, jusqu’à dix-huit ans, s’est appelée d’Arlange ?

Ces objections ne semblaient nullement préoccuper le juge.

— Enfin, continua la vieille dame, votre père a eu une Cottevise, vous auriez une d’Arlange. À force de faire se mésallier les filles de bonne maison de père en fils, les Daburon finiront peut-être par s’anoblir. Un dernier avis : vous voyez Claire timide, douce, obéissante ? Détrompez-vous. Avec son air de sainte n’y touche, elle est hardie, fière et entêtée comme feu le marquis son père, qui rendait des points aux mulles d’Auvergne. Vous voilà prévenu, et un bon averti en vaut deux. Nos conditions sont faites, n’est-ce pas ? Ne parlons plus de rien. Je souhaite presque votre succès.

Cette scène était si présente à l’esprit du juge d’instruction, que là, chez lui, dans son fauteuil, après tant de mois écoulés, il lui semblait encore en-