Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/178

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tendre la voix de la marquise d’Arlange, et ce mot de succès sonnait à son oreille.

Il sortit comme un triomphateur de cet hôtel d’Arlange où il était entré le cœur gonflé d’anxiété.

Il s’en allait, le front haut, la poitrine dilatée, respirant l’air à pleins poumons.

Il était si heureux ! Le ciel lui semblait plus bleu, le soleil plus brillant.

Il avait, ce grave magistrat, des envies folles d’arrêter les passants, de les serrer dans ses bras, de leur crier :

– Vous ne savez pas ? La marquise consent !

Il marchait, et il lui semblait que la terre bondissait sous ses pas, qu’elle était trop petite pour porter tant de bonheur ou qu’il devenait si léger qu’il allait s’envoler vers les étoiles.

Que de châteaux en Espagne sur cette parole de la marquise ! Il donnait sa démission, il bâtissait sur les bords de la Loire, non loin de Tours, une villa enchantée. Il la voyait riante, avec sa façade au soleil levant, assise au milieu des fleurs, ombragée de grands arbres. Il la meublait cette maison, d’étoffes fantastiques ouvragées par des fées. Il voulait un merveilleux écrin pour cette perle dont il allait devenir le possesseur.

Car il n’eut pas un doute, pas un nuage n’obscurcit l’horizon radieux de ses espérances, pas une voix,