Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/179

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du fond de son cœur, ne s’éleva, en disant : « Prends garde ! »

De ce jour, M. Daburon devint plus assidu encore chez la marquise. À bien dire, il y passa sa vie.

Tout en restant respectueux et réservé près de Claire, il chercha avec un empressement habile, à être quelque chose dans sa vie. L’amour vrai est ingénieux. Il sut vaincre sa timidité pour parler à cette bien-aimée de son âme, pour la faire causer, pour l’intéresser.

Il allait pour elle aux nouvelles, il lisait tous les livres nouveaux afin de trier ceux qu’elle pouvait lire.

Peu à peu, grâce à la plus délicate insistance, il parvint à apprivoiser, c’est le mot, cette jeune fille si farouche. Il s’aperçut qu’il réussissait, et sa gaucherie disparut presque. Il remarqua qu’elle ne l’accueillait plus avec cet air hautain et glacial qu’elle gardait jadis, peut-être pour le tenir à distance.

Il sentait qu’insensiblement il s’avançait dans sa confiance. Elle rougissait toujours en lui parlant, mais elle osait lui adresser la parole la première.

Souvent elle l’interrogeait. Elle avait entendu dire du bien d’une pièce et voulait en connaître le sujet. Vite M. Daburon courait la voir et rédigeait un