Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/181

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Il se serait laissé voler sa fortune pour entendre cette belle voix s’intéresser à lui.

On était en été.

Souvent, le soir, elle acceptait son bras, et pendant que la marquise restait sur le perron, assise dans son grand fauteuil, ils tournaient autour de la pelouse, marchant doucement sur l’allée sablée de sable tamisé si fin que de sa robe traînante elle effaçait les traces de leurs pas. Elle babillait gaiement avec lui comme avec un frère aimé, et il lui fallait se faire violence pour ne pas déposer un baiser dans cette chevelure si blonde qui moussait, pour ainsi dire, à la brise et qui s’éparpillait comme des flocons nuageux.

Alors, au bout d’un sentier délicieux, jonché de fleurs comme les routes où passent les processions, il aperçoit le but : le bonheur.

Il essaya de parler de ses espérances à la marquise.

— Vous savez ce qui a été convenu, lui répondit-elle. Pas un mot. C’est bien assez déjà de la voix de ma conscience qui me reproche l’abomination à laquelle je prête la main. Dire que j’aurai peut-être une petite-fille qui s’appellera madame Daburon ! Il faudra écrire au roi, mon cher, pour changer ce nom-là.

Moins enivré de ses rêves, M. Daburon, cet homme si fin, cet observateur si délié, aurait étudié le ca-