Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/247

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


heur, il songea à rentrer en possession de cette funeste correspondance.

Il ne sut quels moyens employer. Mille raisons l’empêchaient d’agir.

La principale est qu’à aucun prix il ne voulait se retrouver en présence de cette femme jadis trop aimée. Il ne se sentait assez sûr ni de sa colère ni de sa résolution pour affronter les larmes qu’elle ne manquerait pas de répandre. Pourrait-il sans faiblir soutenir les regards suppliants de ces beaux yeux qui si longtemps avaient eu tout empire sur son âme !

Revoir cette maîtresse de sa jeunesse, c’était s’exposer à pardonner, et il avait été trop cruellement blessé dans son orgueil et dans son affection pour admettre l’idée de retour.

D’un autre côté, se confier à un tiers était absolument impraticable. Il s’abstint donc de toute démarche, s’ajournant indéfiniment.

— Je la verrai, se disait-il, mais quand je l’aurai si bien arrachée de mon cœur qu’elle me sera devenue indifférente. Je ne veux pas lui donner la joie de ma douleur.

Ainsi, les mois et les années se passèrent, et il en vint à se dire, à se prouver qu’il était désormais trop tard.

En effet, il est des souvenirs qu’il est imprudent de réveiller. Il est des circonstances où une dé-