Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/275

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


remuer des cartes et il n’appréciait aucunement la société des quelques femmes faciles qui, à Paris, font un nom à leur amant. Il disait qu’un gentilhomme n’est pas ridicule pour ne pas s’afficher avec des drôlesses dans les avant-scènes. Enfin, jamais ses amis n’avaient pu lui inoculer la passion des chevaux de courses.

Comme l’oisiveté lui pesait, il avait essayé ni plus ni moins qu’un parvenu de donner par le travail un sens à sa vie. Il comptait plus tard prendre part aux affaires publiques, et comme souvent il avait été frappé de la crasse ignorance de certains hommes qui arrivent au pouvoir, il ne voulait pas leur ressembler. Il s’occupait de politique, et c’était la cause de toutes ses querelles avec son père. Le seul mot de libéral faisait tomber le comte en convulsions, et il soupçonnait son fils de libéralisme depuis certain article publié par le vicomte dans la Revue des deux mondes.

Ses idées ne l’empêchaient pas de tenir grandement son rang. Il dépensait le plus noblement du monde le revenu que lui assignait son père et même un peu au-delà. Sa maison, distincte de celle du comte, était ordonnée comme le doit être celle d’un jeune gentilhomme très-riche. Ses livrées ne laissaient rien à désirer, et on citait ses chevaux et ses équipages. On se disputait les lettres d’invitation pour les grandes chasses que tous les ans, vers la fin