Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/277

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sans doute. Elle savait que ce soir-là même ou le lendemain au plus tard aurait lieu la crise décisive. Elle devait prier.

En ce moment Albert se sentait brisé, il souffrait. Il avait des éblouissements, la tête lui semblait près d’éclater. Il sonna et demanda du thé.

— Monsieur le vicomte a bien tort de ne pas envoyer chercher le docteur, lui dit son valet de chambre, je devrais désobéir à Monsieur et l’aller chercher.

— Ce serait bien inutile, répondit tristement Albert, il ne pourrait rien contre mon mal.

Au moment où le domestique se retirait, il ajouta :

— Ne dites rien à personne que je suis souffrant, Lubin, cela ne sera rien. Si je me trouvais plus indisposé, je sonnerais.

C’est qu’en ce moment, voir quelqu’un, entendre une voix, être obligé de répondre lui paraissait insupportable. Il lui fallait le silence pour s’écouter.

Après les cruelles émotions de son explication avec son père, il ne pouvait songer à dormir. Il ouvrit une des fenêtres de la bibliothèque et s’accouda sur la balustrade.

Le temps s’était remis au beau, et il faisait un clair de lune magnifique. Vus à cette heure, aux clartés douces et tremblantes de la nuit, les jardins de l’hôtel paraissaient immenses. La cime immobile des grands arbres se déroulait comme une plaine im-