Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/309

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XI


C’était le comte de Commarin, son ombre plutôt. Sa tête qu’il portait si haut penchait sur sa poitrine, sa taille s’était affaissée, ses yeux n’avaient plus leur flamme, ses belles mains tremblaient. Le désordre violent de sa toilette rendait plus frappant encore le changement qu’il avait subi. En une nuit, il avait vieilli de vingt ans.

Ces vieillards robustes ressemblent à ces grands arbres dont le bois intérieurement s’est émietté et qui ne vivent plus que par l’écorce. Ils paraissent inébranlables, ils semblent défier le temps, un vent d’orage les jette à terre. Cet homme, hier encore si fier de n’avoir jamais plié, était brisé. L’orgueil de son nom constituait toute sa force ; humilié, il se sentait anéanti. En lui tout s’était déchiré à la fois, tous les appuis lui avaient manqué en même temps.