Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/310

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Son regard sans chaleur et sans vie disait la morne stupeur de sa pensée. Il présentait si bien l’image la plus achevée du désespoir, que le juge d’instruction, à sa vue, éprouva comme un frisson. Le père Tabaret eut un mouvement d’épouvante, le greffier lui-même fut ému.

— Constant, dit M. Daburon vivement, allez donc avec M. Tabaret chercher des nouvelles à la Préfecture.

Le greffier sortit, suivi du bonhomme, qui s’éloignait bien à regret.

Le comte ne s’était pas aperçu de leur présence, il ne remarqua pas leur sortie.

M. Daburon lui avança un siège, il s’assit.

— Je me sens si faible, dit-il, que je ne saurais rester debout.

Il s’excusait, lui, près d’un petit magistrat !

C’est que nous ne sommes plus précisément au temps si regrettable où la noblesse se croyait bien au-dessus de la loi, et s’y trouvait en effet. Elle est loin, l’année où la duchesse de Bouillon faisait la nique à messieurs du parlement, où les hautes et nobles empoisonneuses du règne de Louis XIV traitaient avec le dernier mépris les conseillers de la chambre ardente ! Tout le monde respecte la justice aujourd’hui, et la craint un peu, même quand elle n’est représentée que par un simple et consciencieux juge d’instruction.