Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/322

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— Ah ! fit vivement le juge, avez-vous donc, monsieur, des raisons de croire à son innocence ?

Le dépit de M. Daburon perçait si bien sous le ton de ses paroles, que M. de Commarin pouvait et devait y voir une apparence d’intention injurieuse. Il tressaillit, vivement piqué, et se redressa en disant :

— Je ne suis pas plus maintenant un témoin à décharge que je n’étais un témoin à charge tout à l’heure. Je cherche à éclairer la justice, comme c’est mon devoir, et voilà tout.

— Allons, bon ! se dit M. Daburon, voici que je l’ai blessé, à présent. Est-ce que je vais aller comme cela de faute en faute !

— Voici les faits, reprit le comte. Hier soir, après m’avoir parlé de ces maudites lettres, Albert a commencé par me tendre un piège pour savoir la vérité, car il doutait encore, ma correspondance n’étant pas arrivée entière à M. Gerdy. Une discussion aussi vive que possible s’est alors élevée entre mon fils et moi. Il m’a déclaré qu’il était résolu à se retirer devant Noël. Je prétendais, moi, au contraire, transiger coûte que coûte. Albert a osé me tenir tête. Tous mes efforts pour l’amener à mes vues ont été superflus. Vainement j’ai essayé de faire vibrer en lui les cordes que je supposais les plus sensibles. Il m’a répété fermement qu’il se retirerait malgré moi, se déclarant satisfait, si je consentais à lui assurer