Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/403

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dissimula pourtant et protesta avec une certaine vivacité.

— On sait ce qu’on sait, continua tranquillement Clergeot. Écoutez donc, avant de risquer ses sous, on s’informe, ce n’est que juste. Les dernières valeurs de maman ont été lavées en octobre dernier. Ah ! la rue de Provence coûte bon. J’ai établi le devis, il est chez moi. Juliette est une femme charmante, c’est sûr ; elle n’a pas sa pareille, j’en conviens ; mais elle est chère. Elle est même diablement chère !

Noël enrageait d’entendre ainsi traiter sa Juliette par cet honorable personnage. Mais que répondre ? D’ailleurs on n’est pas parfait, et M. Clergeot a le défaut de ne pas estimer les femmes, ce qui tient sans doute à ce que son commerce ne lui en a pas fait rencontrer d’estimables. Il est charmant avec ses pratiques du beau sexe, prévenant et même galantin, mais les plus grossières injures seraient moins révoltantes que sa flétrissante familiarité.

— Vous avez marché trop rondement, poursuivit-il sans daigner remarquer le dépit de son client, et je vous l’ai dit dans le temps. Mais bast ! vous êtes fou de cette femme. Jamais vous n’avez su lui rien refuser. Avec vous elle n’a pas le loisir de souhaiter, qu’elle est servie. Sottise ! Quand une jolie fille désire une chose, il faut la lui laisser désirer longtemps. De cette façon, elle a l’esprit occupé et ne pense à