Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/451

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Quels ne seraient pas ses transports, s’il était l’objet d’une passion irrésistible comme celle qui éclatait devant lui ! Que ne donnerait-il pas en retour ! Il avait, lui aussi, une âme jeune et ardente, une soif brûlante de tendresse. Qui s’en était inquiété ? Il avait été estimé, respecté, craint peut-être, non aimé, et il ne le serait jamais. N’en était-il donc pas digne ! Pourquoi tant d’hommes traversent-ils la vie déshérités d’amour, tandis que d’autres, les êtres les plus vils, parfois, semblent posséder un mystérieux pouvoir qui charme, séduit, entraîne, qui inspire ces sentiments aveugles et furieux qui, pour s’affirmer, vont au-devant du sacrifice et l’appellent ? Les femmes n’ont-elles donc ni raison ni discernement ?

Le silence de mademoiselle d’Arlange ramena le juge à la réalité.

Il leva les yeux sur elle. Brisée par la violence de son exaltation, elle était retombée sur son fauteuil et respirait avec tant de difficulté que M. Daburon crut qu’elle se trouvait mal. Il allongea vivement la main vers le timbre placé sur son bureau pour demander du secours. Mais, si prompt qu’eût été son mouvement, Claire le prévint et l’arrêta.

— Que voulez-vous faire ? demanda-t-elle.

— Vous me paraissiez si souffrante, balbutia-t-il, que je voulais…

— Ce n’est rien, monsieur, répondit-elle. On me