Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/453

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— Il suffit, monsieur, dit-elle, tout ce que vous pouvez dire encore est inutile. Je respecte votre malheureuse conviction, je vous demande en retour quelques égards pour la mienne. Si vous étiez vraiment mon ami, je vous dirais : Aidez-moi dans la tâche de salut à laquelle je vais me dévouer. Mais vous ne le voudriez pas, sans doute.

Il était dit que Claire ferait tout pour irriter le malheureux magistrat. Voici maintenant que sa passion arrivait à s’exprimer comme la logique du père Tabaret. Les femmes n’analysent ni ne raisonnent, elles sentent et croient. Au lieu de discuter, elles affirment. De là, peut-être, leur supériorité. Pour Claire, monsieur Daburon ne sentait pas comme elle devenait son ennemie, et elle le traitait comme tel.

Le juge d’instruction ressentit vivement l’injure. Tiraillé par les scrupules d’une conscience étroite d’un côté, par ses convictions de l’autre, ballotté entre le devoir et la passion, entortillé dans le harnais de sa profession, il était incapable de la réflexion la plus simple. Il agissait depuis trois jours comme un enfant qui s’entête dans sa sottise. Pourquoi cette obstination à ne pas convenir qu’Albert pouvait être innocent ? Les investigations dans tous les cas arrivaient au même but. Lui, toujours favorable aux prévenus, il n’admettait pas la possibilité d’une erreur à l’égard de celui-ci.