Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/493

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La mourante le vit et éprouva comme un choc électrique.

Une secousse terrible ébranla son corps ; ses yeux s’agrandirent démesurément, ses cheveux se dressèrent.

Elle se souleva sur ses oreillers, roidissant son bras dans la direction de Noël, et d’une voix forte, elle cria :

— Assassin !…

Une convulsion la rabattit sur son lit. On s’approcha, elle était morte…

Un grand silence se fit.

Telle est la majesté de la mort et la terreur qui s’en dégage, que devant elle les plus forts et les plus sceptiques courbent le front et s’inclinent.

Pour un moment, les passions et les intérêts se taisent. Involontairement nous nous recueillons, lorsqu’en notre présence s’exhale le dernier soupir d’un d’entre nous.

Tous les assistants, d’ailleurs, étaient profondément émus de cette scène déchirante, de cette confession suprême arrachée au délire et à la douleur.

Mais ce mot « assassin, » le dernier de madame Gerdy, ne surprit personne.

Tous, à l’exception de la sœur, savaient l’affreuse accusation qui pesait sur Albert.

À lui s’adressait la malédiction de cette mère infortunée.

Noël paraissait navré. Agenouillé près du lit de