Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/515

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mule. Après trois jours de discussions elle m’arracha un Amen entre deux baisers. Alors elle m’annonça que nous ne retournerions pas chez nous par la diligence. La dame, qui craignait pour son petit la fatigue du voyage, avait arrangé qu’on nous reconduirait à petites journées dans sa voiture, et avec ses chevaux. C’est qu’elle était entretenue dans le grand genre ! J’eus la bêtise de me réjouir parce que cela me permettrait de voir le pays à mon aise. Nous voilà donc bien installés, avec les enfants, le mien et l’autre, dans un beau carrosse, attelé de bêtes superbes, conduit par un cocher en livrée. Ma femme était folle de joie. Elle m’embrassait comme du pain et faisait sonner des poignées de pièces d’or. Moi, j’étais sot comme un honnête mari, qui trouve dans son ménage de l’argent qu’il n’y a pas apporté. C’est en voyant ma mine que Claudine, espérant me dérider, se risqua à me découvrir la vérité vraie. « Tiens, » me dit-elle.

Lerouge s’interrompit, et, changeant de ton :

— Vous comprenez, dit-il, que c’est ma femme qui parle.

— Oui, oui… Poursuivez.

— Elle me dit donc en secouant sa poche : « Tiens, mon homme, nous en aurons comme ça jusqu’à plus soif, et voici pourquoi : Monsieur le comte, qui a un fils légitime en même temps que celui-ci, veut que ce soit ce bâtard qui porte son nom. Cela