Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/516

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se peut, grâce à moi. En route nous allons trouver dans l’auberge où nous coucherons M. Germain et la nourrice à qui on a confié le fils légitime. On nous mettra dans la même chambre, et, pendant la nuit, je dois changer les petits qu’on a exprès habillés l’un comme l’autre. Monsieur le comte donne pour cela huit mille francs comptant et une rente viagère de mille francs. »

— Et vous ! s’écria le juge, vous qui vous dites un honnête homme, vous avez souffert un tel crime lorsqu’il suffisait d’un mot pour l’en empêcher !

— Monsieur, de grâce, supplia Lerouge, monsieur, laissez-moi finir…

— Soit, allez !

— Je n’eus pas, d’abord, la force de rien dire, tant la colère m’étranglait. Je devais être effrayant. Mais elle, qui pourtant avait peur de moi quand je me montais, partit d’un éclat de rire qui me déconcerta : « — Que tu es bête, me dit-elle : écoute-moi donc avant de t’enlever comme une soupe au lait. C’est le comte, entends-tu, qui enrage d’avoir son bâtard chez lui, c’est le comte qui paye pour le changer. Sa maîtresse, la mère de celui-ci, ne veut pas de ça. Si elle a eu l’air de consentir à la chose, cette femme, c’est qu’elle tenait à ne pas se brouiller avec son amant et qu’elle avait son plan. Elle m’a prise à part, dans la chambre, et après m’avoir fait jurer le secret sur un crucifix, elle m’a dit