Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/517

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qu’elle ne pouvait pas s’habituer à l’idée de se séparer pour toujours de son enfant et d’élever l’enfant d’une autre. Elle a ajouté que si je consentais à ne pas changer les nourrissons sans en rien dire au comte, elle me donnerait à l’instant dix mille francs et me garantirait une rente égale à celle du père. Elle m’a encore déclaré qu’elle saurait bien si je tenais ma parole, ayant fait faire à son petit un signe de reconnaissance ineffaçable. Elle ne me l’a pas montré, ce signe, et j’ai eu beau le chercher, je ne l’ai pas trouvé. Comprends-tu maintenant ? Je garde simplement ce petit bourgeois que voici ; j’affirme au comte que j’ai fait l’échange, nous empochons des deux côtés, et voilà Jacques riche. Embrasse ta petite femme qui a plus d’esprit que toi, mon homme ! » Voilà, monsieur, mot pour mot, ce que me dit Claudine.

Le rude matelot tira de sa poche un immense mouchoir à carreaux bleus et se moucha à faire trembler les vitres. C’était sa façon de pleurer.

M. Daburon restait confondu.

Depuis le commencement de cette malheureuse affaire, il marchait d’étonnements en étonnements. À peine avait-il mis ordre à ses idées sur un point que toute son attention était appelée sur un autre.

Il se sentait dérouté. Qu’était-ce que ce nouvel incident si grave ? qu’allait-il apprendre ?

Il brûlait d’interroger vivement, mais Lerouge, on