Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/548

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ses forces expiraient. Après une bonne minute, il n’avait pas repris haleine. On était sur le boulevard. Il se dressa dans la voiture, s’appuyant au siége du cocher.

— Je n’aperçois plus le coupé, dit-il.

— Oh ! je le vois bien, moi, bourgeois : c’est qu’il a un fameux cheval.

— Le tien doit être meilleur ! j’ai dit vingt francs, ce sera quarante.

Le cocher tapa comme un sourd, et tout en frappant il grommelait :

— Il n’y a pas à dire, il faut la rejoindre. Pour vingt francs je la manquais : j’aime les femmes, moi, je suis de leur côté. Mais dame ! deux louis… Peut-on être jaloux quand on est aussi laid que ça ?

Le père Tabaret se donnait mille peines pour occuper son esprit de choses indifférentes.

Il ne voulait pas réfléchir avant d’avoir vu cette femme, de lui avoir parlé, de l’avoir habilement questionnée.

Il était sûr que d’un mot elle allait perdre ou sauver son amant.

— Quoi ! perdre Noël ! Eh bien ! oui.

Cette idée de Noël assassin le fatiguait, le harcelait, bourdonnait dans son cerveau comme la mouche agaçante qui mille et mille fois vient, revient se heurter à la vitre où brille un rayon.

On venait de dépasser la Chaussée-d’Antin, le coupé