Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/549

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bleu n’était guère qu’à une trentaine de pas. Le cocher de remise se retourna :

— Bourgeois, notre coupé s’arrête.

— Arrête aussi et ne le perds pas de l’œil, pour repartir en même temps que lui.

Le père Tabaret se pencha tant qu’il put hors de sa voiture.

La jeune femme descendait du coupé, traversait le trottoir et entrait dans un magasin où on vend des cachemires et des dentelles.

— Voilà donc, pensait le père Tabaret, où vont les billets de mille francs ! Un demi-million en quatre ans ! Que font donc ces créatures de l’argent qu’on leur jette à pleines mains ; le mangent-elles ? Au feu de quels caprices fondent-elles les fortunes ? Elles ont des philtres endiablés, bien sûr, qu’elles donnent à boire aux imbéciles qui se ruinent pour elles. Il faut qu’elles possèdent un art particulier de cuisiner et d’épicer le plaisir, puisque une fois qu’elles tiennent un homme il sacrifie tout avant de les abandonner.

La remise se remit en route, mais bientôt s’arrêta.

Le coupé faisait une nouvelle pause devant un magasin de curiosités.

— Cette créature veut donc acheter tout Paris ! se disait avec rage le bonhomme. Oui, c’est elle qui a poussé Noël, si Noël a commis le crime. C’est mes quinze mille francs qu’elle fricasse en ce moment. Combien de jours dureront-ils ? Ce serait pour avoir