Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/567

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420,000 francs. Vous engagez-vous à me les donner à ma première réquisition ? Je trouverai un moyen de vous les faire demander sans risque pour moi. À ce prix, jamais vous n’entendrez parler de moi.

Pour toute réponse le comte ouvrit un petit coffre de fer scellé dans le mur et en tira une liasse de billets de banque qu’il jeta aux pieds de Noël.

Un éclair de fureur brilla dans les yeux de l’avocat, il fit un pas vers son père :

— Oh ! ne me poussez pas, menaça-t-il, les gens qui comme moi n’ont plus rien à perdre sont dangereux. Je puis me livrer…

Il se baissa cependant et ramassa le paquet.

— Me donnez-vous votre parole, continua-t-il, de me faire tenir le reste ?

— Oui.

— Alors, je pars. Soyez sans crainte, je serai fidèle à notre traité ; on ne m’aura pas vivant. Adieu, mon père ! en tout ceci vous êtes le vrai coupable, seul vous ne serez pas puni. Le Ciel n’est pas juste. Je vous maudis !…

Quand, une heure plus tard, les domestiques pénétrèrent dans le cabinet du comte, ils le trouvèrent étendu à terre, la face contre le tapis, donnant à peine signe de vie.

Cependant Noël était sorti de l’hôtel Commarin et remontait la rue de l’Université, chancelant sous le souffle du vertige.