Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/74

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ponse faire et délibérait intérieurement. Enfin, il répondit :

— Madame Gerdy a été comme foudroyée en apprenant là, tout à coup, par le récit d’un journal, qu’une femme qu’elle aimait vient d’être assassinée.

— Bah !… s’écria le père Tabaret.

Le bonhomme était à ce point stupéfait qu’il faillit se trahir, révéler ses accointances avec la police. Encore un peu, il s’écriait : « Quoi ! votre mère connaissait la veuve Lerouge ! » Par bonheur il se contint. Il eut plus de peine à dissimuler sa satisfaction, car il était ravi de se trouver ainsi sans efforts sur la trace du passé de la victime de la Jonchère.

— C’était, continua Noël, l’esclave de madame Gerdy. Elle lui était dévouée corps et âme, elle se serait jetée au feu sur un signe de sa main.

— Alors, vous, mon cher ami, vous connaissiez cette brave femme ?

— Je ne l’avais pas vue depuis bien longtemps, répondit Noël dont la voix semblait voilée par une profonde tristesse, mais je la connais et beaucoup. Je dois même avouer que je l’aimais tendrement ; elle avait été ma nourrice.

— Elle !… cette femme !… balbutia le père Tabaret.

Cette fois il était comme pris d’un étourdissement. La veuve Lerouge, nourrice de Noël ! Il jouait de bonheur. La Providence évidemment le choisissait