Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/80

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être aidée, conseillée, poussée, peut-être. Quels ont été ses complices ? elle ne pouvait agir seule. Son mari lui-même…

— Son mari ! interrompit l’avocat avec un rire amer. Ah ! vous avez donné dans le veuvage, vous aussi. Non, il n’y avait pas de mari ; feu Gerdy n’a jamais existé. J’étais bâtard, cher M. Tabaret, très-bâtard ; Noël, fils de la fille Gerdy et de père inconnu.

— Seigneur ! s’écria le bonhomme, c’est pour cela que votre mariage avec mademoiselle Levernois n’a pu se faire il y a quatre ans ?

— Oui, c’est pour cela, mon vieil ami. Et que de malheurs il évitait ce mariage avec une jeune fille que j’aimais ! Pourtant, je n’en ai pas voulu, alors, à celle que j’appelais ma mère. Elle pleurait, elle s’accusait, elle se désolait, et moi, naïf, je la consolais de mon mieux, je séchais ses larmes, je l’excusais à ses propres yeux. Non, il n’y avait pas de mari… Est-ce que les femmes comme elle ont des maris ! Elle était la maîtresse de mon père, et le jour où il a été rassasié d’elle, il l’a quittée en lui jetant trois cent mille francs, le prix des plaisirs qu’elle lui donnait.

Noël aurait continué longtemps sans doute ses déclarations furibondes. Le père Tabaret l’arrêta. Le bonhomme sentait venir une histoire de tout point semblable à celle qu’il avait imaginée, et l’impa-