Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/70

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— C’est vraiment intolérable, continua M. Rafflard, vous semblez prendre plaisir à nous empester ! Hier des cervelas à l’ail, aujourd’hui des harengs.

— Vous mangez bien du chocolat purgatif, vous, ça empoisonne la pharmacie !

Au lieu de répondre, le commis principal se précipita vers sa bouilloire. Depuis dix minutes qu’il discutait, il avait oublié son œuf.

— Sacré tonnerre ! s’écria-t-il, je n’ai pas de chance, mon œuf est dur !

— Tant mieux, dit Nourrisson, je te l’achète pour ma salade.

— Allez au diable, répondit Rafflard en piétinant avec rage sur son œuf.

Népomucène était sorti. Les employés du bureau du Sommier causaient gaiement la bouche pleine. Au jeu de toutes ces mâchoires, Caldas se sentait défaillir, la faim, que dis-je ? la fringale lui mordait l’estomac ; l’odeur des truffes de Gérondeau lui donnait le vertige. Il songeait avec effroi, en louchant du côté de ces huîtres appétissantes, que ce supplice de Cancale allait se renouveler tous les jours, et il se demandait pourquoi l’administration ne paye pas ses employés chaque soir.