Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome I, 1845.djvu/544

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APPENDICE.

Qui sont ceux qui forment les 100,000 âmes du Canada ? Ce n’est pas assurément quelques gens riches qu’on pourrait espérer de faire turcs, si leur intérêt l’exigeait, parce qu’à la longue, l’on fait toujours tout ce qu’on veut des gens riches : les 100,000 âmes du Canada sont formées par le peuple qui n’entend jamais de plaisanterie sur l’article de sa religion, et qui ne pouvant avoir aucun intérêt à changer, sera ferme en sa croyance, en proportion de ce qu’il s’imaginera entrevoir de desseins de la détruire.

Le bas peuple d’Irlande n’a point changé ; ce n’est pas cependant manque de lois faites dans cette vue ; le peuple du Canada ne changera pas plus aisément, et qui doute que dans le moment que la Nouvelle-Angleterre voudrait se séparer de la vieille, son plus victorieux argument pour déterminer le Canada à secouer aussi le joug, ne fût la plus grande liberté de la religion romaine annoncée au peuple, et le droit d’avoir autant d’évêques, d’archevêques, de cardinaux, etc., qu’il voudrait. L’Angleterre serait-elle reçue à faire alors la même offre ?

Il faudrait donc ce me semble accorder aux Canadiens la jouissance de tous les privilèges de citoyens, et favoriser leur religion, bien loin de travailler à la détruire, même parmi les gens riches, par le moyen sourd mais infaillible des exclusions.

Il est par la même raison de l’intérêt de la Grande-Bretagne de conserver dans les Indes de l’Ouest le plus grand nombre de colonies catholiques romaines, et de les engager à se regarder comme réunies d’intérêt et dans le même point de vue avec les Canadiens, dont l’évêque devrait être à l’avenir celui des colonies anglaises catholiques romaines.

Je m’expliquerai en moins de mots sur le problème suivant :

Si quelque puissance étrangère est jalouse de la fortune de l’Angleterre, peut-elle désirer que les nouveaux sujets soient confirmés dans les priviléges de moyens qu’ils réclament ?

Réponse, non.