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DU CANADA.

De retour à la rivière St. Charles, ayant quelque soupçon sur les dispositions des Sauvages, il fit renforcer les palissades que ses gens avaient élevées, pendant son absence, autour des vaisseaux, et garnies de canons. Il s’occupa ensuite des moyens de conserver la santé de ses équipages pendant l’hiver qu’il avait à passer dans le pays. Mais malgré tous ses soins, le scorbut éclata parmi eux dès le mois de décembre avec une extrême violence, et l’on ne trouva d’abord aucun remède pour arrêter cette maladie qui était encore peu connue. La situation des Français devint déplorable.

Dans cette calamité, la fermeté et le courage de Cartier ne se démentirent pas un instant. Le froid fut excessif ; la glace qui entourait ses vaisseaux avait deux brasses d’épaisseur ; et il y avait quatre pieds de neige sur la terre ; elle était plus haute que les bords des navires. Sur 110 hommes, il n’y en eut que trois ou quatre pendant quelque temps qui fussent en santé ; et dans un des vaisseaux il ne resta personne capable de prendre soin des malades. Trop faibles pour creuser la terre gelée, ceux qui pouvaient marcher enterraient leurs compagnons morts sous la neige. Vingt six personnes succombèrent jusqu’au mois d’avril ; et la plupart des autres étaient mourantes,