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HISTOIRE DU CANADA.

neau resterait à Londres jusqu’à la prorogation, de peur de quelque surprise.

C’est vers ce temps-ci, qu’un soir M. Papineau étant à table chez un ami avec M. Ellice et M. Stuart, l’agent des unionnaires, la conversation tomba sur le Canada. Ellice lui dit : « Vous avez l’air bien tranquille ; je crois savoir de bonne source que le cabinet vous a donné l’assurance que la mesure ne reviendrait pas sur le tapis ; mais elle y reviendra ; je déshonorerai les ministres, j’ai leur parole en présence de témoins. » M. Papineau et M. Neilson inquiets allèrent voir aussitôt sir James Macintosh, qui leur répondit de ne pas s’alarmer ; « que M. Ellice était un bavard (braggadocio) sans poids ni influence. Il n’osera jamais agir aussi follement qu’il a parlé. Par l’entremise de quelques uns de mes amis, je saurai refroidir son ardeur. Nous ne le voyons que parce qu’il est le gendre du comte Grey. »

Plus tard, M. Papineau rencontra chez M. Ellice sir Francis Burdett. La discussion ayant été ramenée sur le tapis, M. Papineau réussit à faire dire à sir Francis, que si la majorité en Canada était aussi grande et aussi hostile à l’union qu’il l’assurait, c’était compromettre le parti whig que de le faire agir contre ses professions si souvent répétées de respect pour les vœux des majorités, et qu’il fallait l’abandonner. « Non, dit Ellice, c’est une majorité ignorante, fanatisée par les prêtres. » Il attaqua violemment le séminaire de Montréal, les lods et ventes, et avoua qu’il s’occupait avec M. Stuart d’un bill pour changer la tenure seigneuriale, espérant tirer meilleur parti de sa seigneurie de Beauharnais sous un nouveau régime.

M. Papineau eut deux entrevues avec lord Bathurst lui-même. Le ministre des colonies se réjouissait de la probabilité de la dissolution de l’Union américaine. Son opinion était partagée par sir Francis Burdett, sir James Macintosh et M. Hume, mais ceux-ci pour s’en affliger ; l’histoire était là ; elle prouvait qu’un si vaste territoire n’avait jamais pu subsister en république. Lorsque les whigs remontèrent au pouvoir après la loi de réforme, M. Ellice devint un homme tout puissant pour le malheur du Canada. Il visitait Montréal en 1837 peu de temps avant les troubles, et avoua à M. Papineau qu’il était sollicité de reprendre le projet de l’union. Chaque fois, depuis le commen-