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HISTOIRE DU CANADA.

civile de £19,000 votée pour la vie du roi. Cette réserve loin d’être exorbitante paraissait assez raisonnable, et allait diminuer d’importance de jour en jour par les progrès du pays et l’augmentation de ses richesses. Cependant la chambre refusa de l’accepter, grande faute due à l’entrainement d’autres questions qui avaient déjà fait perdre la liste civile de vue. Si le gouvernement eût fait quelques années plutôt ce qu’il faisait maintenant, tout se serait arrangé. Mais après tant d’années de discussion, les passions s’étaient échauffées, les partis avaient pris leur terrain, et tous les défauts des deux conseils s’étaient montrés avec tant de persistance et sous tant d’aspects divers que l’on ne voulût plus croire à la possibilité d’une administration juste et impartiale tant qu’ils seraient là pour la conseiller où pour la couvrir. On demanda des garanties et des réformes qui effrayèrent l’Angleterre. On éleva de nouveau le cri de domination française, ce cri funeste qui n’avait de signification que par l’asservissement d’une race sur l’autre. Pour les uns, il voulait dire, nous ne voulons pas être soumis à une majorité canadienne, pour les autres, nous ne voulons pas être le jouet d’une minorité anglaise. Jusqu’ici le gouvernement maître des deux conseils, maître de lui-même, maître de l’armée, maître enfin de toute la puissance de l’Angleterre, avait pu retenir les représentans d’un petit peuple dans des limites assez étroites. Mais qu’arriverait-il dans l’avenir ?

Le bureau colonial savait que les principes étaient en faveur de ce petit peuple qu’il tenait sous l’eau jusqu’à la bouche sans le noyer encore tout-à-fait, et qu’il serait impossible de les violer longtemps sans révolter la conscience publique et sans se dégrader lui-même à ses propres yeux ; c’est pourquoi il nourrissait toujours dans le silence son projet de 1822, afin de mettre fin une bonne fois lorsque le moment serait arrivé, par une grande injustice à mille injustices de tous les jours qui l’avilissaient. Ce but était évident ; il se manifestait par le refus de toute réforme importante propre à rétablir l’harmonie dans le pays. Aussi était-ce précisément ce qui devait mettre l’assemblée sur ses gardes. Elle ne devait rien compromettre, profiter des circonstances et surtout du temps qui éléve dans la république des États-Unis, une rivale à laquelle l’Angleterre sera bientôt obligée de chercher des ennemis pour conserver la domination du com-